Tout le monde connaît le principe de la peinture, et tout le monde s'y est essayé au moins une fois. Avec plus ou moins de succès, bien entendu. Pourtant c'est à peu près la première chose que l'on nous apprend à l'école. Faire du coloriage, de la peinture. Eh bien faire de la peinture pour décorer son intérieur, ou un objet un meuble c'est à peu près la même chose. Il s'agit simplement de poser avec sagacité les produits adaptés au support pour obtenir l'effet recherché. Les techniques de la peinture décorative sont des techniques anciennes. Pour certaines, la plupart diront certains, ces techniques ressemblent plus à des trucs ou astuces de grand mère. C'est vrai que dans de nombreuses situations le peintre en décors utilise des outils qui ne sont pas du tout conçu au départ pour faire de la peinture. Tenez je vous donne un exemple parmi d'autres. Pour réaliser une imitation de chêne, oui du bois de chêne, les anciens peintres en décors se laissaient pousser l'ongle du pouce jusqu'à ce qu'il atteigne un peu plus d'un centimètre. Notez que ce détail anatomique constituait un signe de reconnaissance et d'appartenance à cette confrérie des peintres en décors. Ceci dit, c'est pas franchement esthétique d'avoir un ongle aussi long. Et dans mon cas, c'est même mission impossible, parce que ma synthèse de la kératine n'est pas très performante. Bref j'ai toujours les ongles courts. Comment dans ce cas réaliser l'imitation de chêne. Chacun trouve une solution. La mienne est toute simple. J'utilise une pièce de 5 centimes d'euro. Elle a à peu près la taille et l'arrondi d'un ongle de pouce adulte. Remarquez, ça marche aussi avec une pièce de 10 centimes d'Euro. C'est plus cher. Et l'imitation de chêne n'est mieux réussie pour autant. Ce qui démontre au passage que ce qui plus cher n'est pas forcément mieux. Je sens que vous brulez d'impatience. Aller, voici un autre truc que l'on utilise dans le métier. Pour réaliser certaines imitations de marbres, et notamment lorsque l'on doit dessiner le veinage, cela ne se fait systématiquement avec une brosse ou un pinceau. Dans de nombreux cas, on utilise une pièce de caoutchouc. Il s'agit en fait d'une cale de carrossier. C'est un petit morceau de caoutchouc assez ferme, de forme carrée ou rectangulaire de 5 millimètres d'épaisseur. En fait on utilise uniquement les arêtes de cette pièce. En passant ces parties anguleuses sur le glacis, on dessine les veines du marbre. Alors vous vous dites qu'on a pas forcément une cale de carrossier. Comment fait on dans ce cas. En vérité le peintre en décors, le décopicturaliste comme je me suis baptisé, est une personne qui fait preuve d'astuce. Alors si on n'a pas de cale de carrossier (bien, il suffit de prendre une simple gomme d'écolier. Bien entendu il faut que cette gomme possède des arêtes vives. Si ce n'est pas le cas parce qu'elle aurait déjà servie, il suffit d'en couper quelques parties à l'aide d'un cutter ou d'une lame de rasoir. Historiquement les techniques de peinture décorative se transmettaient oralement, de père en fils. C'était comme beaucoup de métiers artisanaux, une confrérie qui protégeait son savoir faire. Pire encore, les peintres en décor, les anciens je veux dire, ne partageaient pas leurs techniques. Beaucoup d'entre eux, pour ne pas dire la plupart sont disparus en emportant leurs secrets avec eux. Il faut dire, que les deux guerres mondiales on marqué un coup d'arrêt presque fatal à cette profession. La peinture décorative était en plein essor jusqu'au début du XXème siècle. La première guerre mondiale outre le fait d'avoir décimé les populations, a obligé à une reconstruction rapide. La notion de décor et de décoration n'était plus une priorité. Seule les demeures bourgeoises, aristocratiques et autres hôtels particuliers bénéficiaient d'une remise en état à l'identique avec les techniques de peinture décorative. La seconde guerre mondiale ne laisse alors plus de répit à la relance de l'activité. Les années 50 pointent leur nez, il faut reconstruire vite et bien. Et le monde veut du renouveau, et regarde vers le futur. La peinture décorative, avec ses recettes de grand'père, semble alors complètement has been. Son activité devient de plus en plus confidentielle. Il ne reste que quelques peintres en décors. Pour autant, ils n'écrivent rien, et ne pensent pas à la transmission de leur savoir. Cela sans doute par modestie. En effet, ces anciens ne se voyaient généralement pas comme des artistes. Pour eux être peintre signifiait forcément en décors. Alors qu'aujourd'hui les Chambres de Métiers reconnaissent à cette activité de peintre en décors la qualité d'artisanat d'art. À la question qui vous brûle les lèvres, la réponse est oui. Oui, la mention artisan d'art m'a été délivré par la Chambre des Métiers de Seine Maritime. Il y a même une cérémonie officielle qui est organisée pour la remise du diplôme. Cela s'est passé dans les locaux évidemment de la Chambre des Métiers de Seine Maritime, à Rouen. Comment devient-on peintre en décors? Parce que si tous les anciens qui connaissaient les techniques sont disparus avec leurs secrets, comment connaître leurs techniques. Dans le cycle de formation de peintre en bâtiment, il y au terme une possibilité d'option facultative en fin de cursus. Une année supplémentaire pour apprendre les techniques de peinture décorative. Rare sont les jeunes qui suivent cette formation. Pour eux c'est une année de perdue. Une année supplémentaire sans revenu. En dehors de ce cursus "scolaire", il existe quelques écoles plus ou moins privées en France et une célèbre en Belgique. C'est la voie que j'ai suivie. En effet, n'étant pas initialement peintre en bâtiment, j'ai suivi une formation spécifique à la peinture décorative. C'est là tout l'intérêt de ce genre d'école que d'être formé sans le pré requis des connaissances de la peinture en bâtiment. Je ne peux vous parler que de la formation que j'ai suivie. Elle s'est déroulée à Bagnolet, en région parisienne, à l'est de Paris, à l'école qui se nomme l'Atelier des Peintres en décors. J'ai eu pour professeurs, Pierre LEGOARIGUER, Christian DUBOIS et Thimy LEAB. J'ai suivi la formation complète, avec l'option complémentaire pour la réalisation des panoramiques. Autrement dit des trompe l'œil. Ça c'est la spécialité de Thimy, un artiste. Cette formation a duré huit mois. À temps plein bien entendu. La partie trompe l'œil est une option facultative. Avant de suivre cette partie optionnelle, il y bien entendu un examen de contrôle et validation des connaissances et techniques. L'examen proprement dit se déroule sur une semaine complète. On connaît bien entendu le programme à l'avance. C'est un peu comme au patinage. Il y les épreuves imposées, et les épreuves libres. Pour les épreuves imposées, on doit réaliser différents panneaux aux dimensions très précises. Il y un faux noyer à faire. Pour le noyer on est libre de la technique. Il y a en effet deux techniques possibles pour faire un faux noyer. La technique à l'huile, et la technique à l'eau. Je suis personnellement un inconditionnel de la technique à l'eau. Même si comme se fut le cas pour l'examen qui se déroulait en plein été, fin juillet, la chaleur est un gros handicap pour cette technique. J'étais donc le seul à avoir choisi la technique à l'eau. Un panneau de faux acajou. Là il n'y a que la technique à l'eau. Par contre il y a deux types d'acajou possible. L'acajou mâle et l'acajou femelle. Oui je sais ça fait sourire, on utilise pas souvent ces termes pour les arbres et les végétaux. Du moins dans le langage courant. L'acajou femelle est considéré par les puristes de la décoration comme le plus raffiné. On l'appelle aussi l'acajou flammé. Bon de vous à moi il n'est pas plus difficile à réaliser que l'acajou mâle. Si bien que j'ai fait le pari pour mon examen de choisir justement l'acajou femelle, dit acajou flammé. J'étais le seul à avoir fait ce choix. Techniquement considéré comme plus osé, plus risqué. Le pari a payé. Le jury a beaucoup apprécié mon acajou flammé. Il faut réaliser un très panneau de faux marbre. Un jaune de Sienne. Il y a aussi une vraie porte, avec ses moulures, sa table saillante et son élégie à faire en faux chêne. C'est tout à fait la technique qui est employée pour les portes cochères que l'on voit à Paris et les autres capitales régionales. Rappelez vous, je vous ai parlé d'un exemple local très facile à trouver. Allez voir rue Ganterie à Rouen, juste à l'angle avec la rue Jeanne d'Arc. Il y a donc un noyer, un acajou mâle ou femelle, une porte en chêne et un marbre Jaune de Sienne. Tout cela constitue les épreuves imposées. Pour les épreuves libres, il faut réaliser un panneau de patine. La composition, les couleurs sont libres. Seules les techniques de patines sont autorisées. Enfin, il y a une réalisation totalement libre. Seule la dimension du panneau fixe un minimum. Pour cette épreuve libre, ce panneau personnel, il y a seulement l'impératif de présenter de la fausse mouluration. C'est une technique, qui par le simple principe des ombres et lumières simule la présence d'une moulure, c'une corniche, d'un élément de décor en général. Cinq jours pour tout réaliser, vous voyez l'ambiance. Il faut gérer l'espace (les panneaux faisant jusqu'à deux mètres de haut, sur plus d'un de large). Il faut gérer les temps de séchage. Qui varient bien entendu avec la température extérieure. Enfin, il faut gérer son temps, qui est compté et le même pour tout le monde. Les épreuves commencent le lundi à 9h, et s'achèvent le vendredi à 13h. Le vendredi après midi est consacré au nettoyage des locaux et à la mise en place des panneaux de chacun, de manière anonyme, pour l'évaluation par le jury. Le jury se réunit dès le lendemain, le samedi. Ce sont de peintres en décor professionnels qui jugent les travaux des élèves. La matinée entière est consacrée à la notation. En toute modestie, je dois avouer que pour ce qui est de mon examen, j'ai été classé 1er (premier). Une fois le diplôme en poche, le repos n'a pas été immédiat. En vérité bien que ce fût l'été, il n'y a pas eu de vacances. La période estivale a été entièrement consacrée à la préparation d'une exposition. Il s'agissait de montrer au grand public, à l'occasion de la seconde édition du Salon de l'Habitat de Rouen (www.comet.fr) les différentes facettes de la peinture décorative. La participation à un salon c'est l'occasion de montrer le meilleur de soi-même, de faire rêver le chaland. Et il ne faut pas se le cacher, participer au Salon de l'Habitat de Rouen, est une démarche commerciale prospective. C'est d'ailleurs grâce à cette participation au salon de l'habitat de rouen que j'ai rencontré une personne qui m'a confié le re-lookage de sa cuisine. Les photos en donnent quelques extraits. Aussitôt l'exposition terminée, c'était le départ pour l'Arabie Saoudite. Un chantier comme il difficile d'en imaginer en France. Ma participation à ce premier chantier au Moyen Orient, je la dois à mon maître Thimy Leab. C'est grâce à lui que je suis parti presque deux mois à Riyad. Je décrirai un peu plus tard ce chantier, qui était confié à la responsabilité de Guillaume Cassou. Chantier qui lui avait été confié par l'entreprise Kofra, en charge généralement de tout ce est peinture et décoration de ces palais orientaux. Croyez moi sur parole c'est une expérience comme il est rarement donné l'occasion d'en vivre. J'ai renouvelé l'expérience l'année suivante. J'y ai même découvert le Koweit en enchainant avec un second chantier. Bien entendu dans ces palais il y a beaucoup de marbre, du vrai, mais aussi des reproductions en peinture. De retour en France, les chantiers sont bien entendus d'une ampleur plus modeste. Je travaille beaucoup avec du staff, et j'aime proposer à mes clients la pose de corniches, moulures et rosaces. D'ailleurs je suis souvent étonné de constater que le grand public n'a pas beaucoup de culture sur ce sujet. Cela leur semble être une forme de mythe dans la décoration. Quelque chose dont on connaît l'existence, mais on ne pense pas que cela se pratique encore. La plupart du temps j'utilise les produits de Staff Décor (www.staffdecor.fr) Cependant je complète mon choix avec les modèles de très grand raffinement de chez Auberlet & Laurent (www.auberletlaurent.com). Normalement aujourd'hui le peintre en décors intervient uniquement pour réaliser le décor. C'est à dire les imitations et reproductions de marbres de bois et autres matières. C'est toute la panoplie des faux bois et des faux marbres. Ou bien il s'agit de réaliser des patines, ou d'autres effets de matière. À moins qu'il ne s'agisse d'une combinaison de tout cela à la fois. Donc le peintre en décor, intervient sur un chantier tout prêt à ses travaux. Cela se dit dans le métier, que les fonds sont apprêtés. Aujourd'hui cette situation relève de l'irréel. Non seulement le client ne souhaite pas multiplier les interlocuteurs, mais en plus les peintres en bâtiment se sentent généralement vexés d'être considérés comme des petites mains. Tant est si bien qu'aujourd'hui, le peintre en décors assure lui même la préparation de ses fonds. S'il s'agit d'un décor à réaliser sur un meuble, par exemple une polychromie vénitienne, c'est un exemple, l'idéal c'est une préparation avec un gesso traditionnel. C'est un mélange de craie broyée, le blanc de Meudon, et de colle de peau de lapin. Ce produit n'existe pas tel quel dans le commerce, en tout cas pas avec ces ingrédients traditionnels qui donnent un résultat incomparable. Dans ce cas, je prépare moi même mon gesso traditionnel. Ce n'est pas à proprement parlé complexe. Juste assez long et fastidieux. Mais le plus long c'est l'application de cet enduit colle. La pose se fait à chaud, car le gesso traditionnel durcit en se refroidissant. Deuxième difficulté, il faut en passer de très nombreuses couches. Jusqu'à une dizaine parfois. Ensuite vient l'inévitable étape du ponçage. Mais le résultat est toujours spectaculaire. La surface est incroyablement lisse et d'une douceur infinie. Cette technique du gesso traditionnel est la seule qui soit admise par les doreurs professionnels. Cela justement parce le gesso devient extrêmement lisse et sans aucune aspérité. C'est essentiel pour dorer. Bon ça c'est pour le principe de la préparation d'un meuble, en fait d'un support en bois de manière général. Bien entendu on peut employer d'autres produits plus contemporains. Notamment lorsque il y a de grandes surfaces, il est plus rapide d'enduire avec un enduit qui donne un résultat semblable au gesso. Pour cela selon les situations, j'emploie soit de l'enduit polyester bi composant, c'est de l'enduit de carrossier comme le Syntofer que l'on trouve chez Leroy Merlin (www.leroymerlin.fr). Personnellement je me procure mon enduit polyester chez Colorine (www.colorine.fr), à Paris. Dans d'autres cas, j'enduis avec un enduit mixte. C'est à dire un enduit à l'huile. Je n'ai jamais été déçu par le rendu et la facilité d'application de l'enduit mixte de rebouchage de chez SIKKENS. Une fois je n'en avais plus. J'ai alors utilisé un enduit gras, celui de chez Comus. Normalement ce type d'enduit s'utilise pour faire des laques brillantes, mais il s'applique assez facilement (avec le coupe de patte), et donne un rendu parfaitement lisse. Ensuite il convient de peindre le fond. Pour réaliser un décor, l'idéal c'est une laque glycéro satinée tendue. On en choisit la couleur selon le décor à réaliser. Dans mes travaux je n'ai jamais rencontré de problème en utilisant de la Refecto de chez Sigmakalon plus connu comme étant le comptoir Gauthier Seigneurie (www.toutpourlepeintre.fr). Voilà les fonds sont prêts, il n'y a plus qu'à réaliser le décor. Généralement cela nécessite seulement un peu d'huile de lin, d'essence de térébentine, et de la couleur. Se sont soit directement des pigments naturels. Pour cela la gamme Sennelier est très complète, mais à réserver pour des petites quantités. L'autre manière c'est une coloration aux tubes de peinture à l'huile pour artistes. Le plus souvent je me fournis aussi chez Colorine (www.colorine.fr), mais il m'arrive de faire mes emplettes chez Rougié & Plé à Paris. Sauf cas exceptionnel, je travaille toujours avec des tubes de la marque Lefranc Bourgeois. Et cela même si personne chez eux, ni chez leurs concurrents, n'a encore mis au point des bouchons qui ne se collent pas. Mes brosses sont des Leonard. C'est sans doute le seul fabricant, français d'ailleurs (à St Brieuc dans les Côtes d'Armor le 22), qui continue à produire les pinceaux spécifiques à la peinture décorative. Voilà il n'y a plus qu'à. Ah non j'oubliais le chiffon de coton. Indispensable.